jeudi 16 avril 2015






Il me semble que tout s'ouvre à moi.  Presque tout.  Le paysage devant mes yeux s'élargit.  C'est une question de champ de vision, vraiment.  On ne voit rien quand on est malade.  On peut même en devenir aveugle.  On n'y peut rien, nos sens disparaissent.  Je ne me rappelle plus dans quel ordre.  Sûrement que ça varie.  Mais ce qui me frappe quand je marche, maintenant, c'est que je vois plus large.  Mon panorama s'est agrandi.  J'observe le ciel, les toits des maisons, les rues, je vois les gens passer près de moi, certains me saluent et je les salue en retour.  Ce qui m'entoure est vraiment là.  Je ne me promène plus à côté d'un tableau, je suis DANS la peinture.  Je fais partie du paysage.

Le reste s'éveille aussi.  Les sensations.  Manger ce que je veux, en avoir envie.  Toucher quelqu'un.  Rire pour vrai.  Désirer.  Reprendre ce qui m'animait avant.  Sentir, vraiment sentir.  C'est quand je me rends compte de mon état actuel, quand je constate que j'ai repris le contrôle de mon corps et de ma conscience, que je saisis l'ampleur de mon brouillard des deux dernières années.  À quel point j'étais fermée, inatteignable, entourée de hauts murs.  Je n'avais que deux modes : rien ou trop.  Je ne ressentais plus rien pour tout, sauf pour ce qui me faisait trop souffrir.  C'était comme ça.  Avec le recul, je peux évaluer, et c'est assez épeurant.  Se sacrer de presque tout et mourir du reste.  

Il y a encore des choses que je dois réintégrer dans mon système.  Travailler.  Meubler certains moments de solitude pesante.  Mais je respire.  Je marche, et je vois grand.








mercredi 15 avril 2015




Palmarès 17


La lecture : Pauvres petits chagrins, roman de Miriam Toews, paru en français chez Boréal.  J'adore cette auteure, on pourrait donc dire que je suis vendue à l'avance, mais encore une fois, Mme Toews me touche et me divertit avec ses personnages qui ont tour à tour des relents de trop plein et d'audace qui leur font dire ce qu'ils pensent vraiment mais ne devraient pas formuler à voix haute.  La dépression et autres maladies mentales ainsi que le suicide ont toujours fait partie de ses écrits (joyeux, me direz-vous, mais je m'y retrouve).  Ici, c'est du suicide assisté dont il est question.  Aider ou ne pas aider un être adoré qui veut mourir?  Qui souhaite absolument mourir?  Cette personne pourrait-elle guérir?  Comment vivre après?  L'histoire est racontée du point de vue de Yolandi, la soeur de la suicidaire, une grande pianiste.  On a parfois accès à la perspective de cette dernière, et j'avoue que je la comprends davantage, mais le fait de voir l'effet qu'a ce genre de mal sur les proches est assez saisissant.  Ils vont tous craquer, dans cette famille.  Ils vont devenir complètement fous.  Juste à lire le compte rendu de leurs aller-retours à l'hôpital, je me sens épuisée.  Mais c'est si réaliste et émouvant, je ne peux pas arrêter de lire, même si je dois parfois le laisser de côté pour ne pas trop me démolir le moral.  J'y reviens toujours et, régulièrement, après avoir lu une phrase, je me dis : «C'est exactement ça».  Merci, Miriam Toews.



La chanson : Rita des Too Many Cooks.  Suis tombée dessus par hasard, et j'ai aimé.



La citation
«Tu ne peux pas partir, je m'ennuie déjà de tes fesses.»
- Xavier Caféine, Tu ne peux pas partir (du temps de Caféine tout court)


L'émission : Tout le monde en parle.  J'aime ça, bon.  J'ai déjà été plus assidue, maintenant je ne regarde que les invités qui m'intéressent, mais cet hiver j'ai visionné plusieurs épisodes au complet tellement le contenu me passionnait.  Les caméras nous offrent des images sous de nouveaux angles, en plus.  Je ne sais pas quand ces points de vue ont été intégrés, mais je trouve ça rafraîchissant.  Un simple détail qui renouvelle mon expérience.


La photographe : Victoria Will, qui a entre autres fait une série de portraits d'acteurs lors du dernier Sundance Film Festival en utilisant la technique du ferrotypetintype» en anglais).  J'adore ce genre de clichés vieillots.

Jason Schwartzman, © Victoria Will


Alison Brie, © Victoria Will


Le meilleur : Danser sa vie bien entourée un samedi soir dans une ancienne église et se bourrer la face à la cabane à sucre le lendemain, encore en bonne compagnie.  Et avoir des petits fous rires d'ado fatiguée à l'aller et au retour, juste à entendre des allitérations du genre «Qui'c'qui skie?» ou «Je me suis surpris à être pris».







mercredi 8 avril 2015




Palmarès 16


La lecture : Les Weird d'Andrew Kaufman (Alto).  Dans ses livres, Kaufman insère toujours une pointe de super héroïsme, ses personnages étant souvent dotés de pouvoirs variés.  Ici, les enfants Weird ont tous reçu un «don» de leur grand-mère à chacune de leur naissance.  Alors qu'elle est sur le point de mourir, elle demande aux frères et soeurs de se réunir à son chevet pour qu'elle puisse renverser ces sorts.  Avec toutes ces capacités magiques et des personnalités éclatées, on a droit à de drôles de dialogues et de situations.



La chanson : Heart Skipped A Beat du groupe The xx.  Oh oui.




La websérie : Don't Hug Me I'm Scared, créée et réalisée par Becky Sloan et Joseph Pelling.  C'est...  bizarre.  J'aime ce genre d'humour et cet éclatement.  On part d'un point et on ne sait pas où ça va nous mener.  Plusieurs techniques sont utilisées, comme les marionettes et de l'animation.  Ça ressemble à Sesame Street, mais en vraiment plus creepy.




La vedette féline du moment : Lil BUB!  Petit chat magané, certes, mais qui a réussi plusieurs exploits malgré sa condition (problèmes de mâchoire, aucune dent, nanisme, ostéoporose...).  On avait dit à son maître qu'elle ne pourrait pas marcher, eh bien maintenant BUB marche, court, saute et monte et descend des escaliers!  Elle fait de drôles de petits sons, ce qui, je trouve, la rend adorable.

Way to go, BUB!





L'artiste : Veronika Richterová, qui fabrique (entre autres) des jolies sculptures faites à partir de bouteilles de plastique recyclé.  Que dire de plus sinon : euh, wow!

© Veronika Richterová


© Veronika Richterová




dimanche 29 mars 2015





Palmarès 15


Le beau : Mardi matin, je sortais de l'hôpital après un rendez-vous avez mon psychiatre.  Il faisait beau soleil, il y avait quelques fumeurs assis sur des bancs pas très loin de l'entrée principale (la distance réglementaire de 9 mètres les séparait des portes, ne vous inquiétez pas).  L'un d'eux s'est adressé à moi alors que je passais devant lui : «Bonne journée mademoiselle», le tout gratifié d'un grand sourire.  Je lui ai souhaité à mon tour une bonne journée.  Et je crois bien que mon sourire à moi est demeuré sur mes lèvres plusieurs minutes après cet échange sympathique.  C'est beau, quand le monde se parle et se regarde pour se dire des choses simples et agréables comme ça.


La chanson : The One, du groupe suédois The Radio Dept.  Leur musique me fait immanquablement penser à mon ami Benoit.  Je crois que c'est lui qui me l'a fait découvrir, sinon c'est Sofia Coppola avec son film Marie Antoinette.  Peu importe, nous partageons un amour féroce pour leurs chansons.  C'est si bon.


L'artiste : Mike Dargas.  Les oeuvres d'artistes issus du ou influencés par le mouvement hyperréaliste me laissent pantoise (ou «pantoite», comme dirait quelqu'un d'autre).  La qualité photographique de ce genre de travail est d'une précision remarquable.  M. Dargas est un peintre allemand qui s'est d'abord fait connaître en tant que tatoueur, bien que son talent et sa technique en peinture l'ont amené à entreprendre des études dans le domaine à un très jeune âge.  Fabuleux.

Mike Dargas à l'oeuvre


Sweet Amber (2015), © Mike Dargas


Le pire : Faire l'épicerie.  C'est mortel, pour moi.  D'une déprime sans nom.  Je ne sais jamais quoi préparer, donc je ne sais pas quoi acheter, alors je tourne en rond, d'allée en allée, et ça devient vite pénible.  Je me ramasse toujours avec des crudités ou de la compote de pommes, des affaires sucrées ou trop grasses, bref, tout ce qui ne constitue pas un repas, même mélangés ensemble (paraît que des craquelins et des jujubes, ce n'est pas un vrai repas).  J'en reviens, justement.  J'ai mal à la tête juste d'y penser.  J'HAÏS ça.


L'émission : Prière de ne pas envoyer de fleurs, animée par Patrice L'Écuyer (que j'ai toujours bien apprécié).  Une personnalité québécoise «meurt», ce qui pousse ses amis, collègues et famille à se réunir pour lui rendre un dernier hommage.  Je suis impressionnée par l'originalité des sketchs présentés, et les témoignages sont toujours drôles et souvent touchants, le tout en fait une véritable émission de variétés.  Je n'ai regardé que les épisodes des deux dernières saisons qui louangent des gens que j'aime et je me suis même surprise à me demander à me demander quel genre d'hommage on me ferait si je devenais connue et qu'on simulait ma mort.  T'sais, quand tu vois grand...


La vedette féline du moment : Blue Chip!  Aaah, Blue Chip...  Oui, je sais, encore un Exotic Shorthair.  J'en veux un, bon!  Regardez, il parle à une abeille : 




L'autre pire : Un des adolescents responsables du meurtre de Christopher Lane, un étudiant de l'East Central University en Oklahoma aux États-Unis, a admis que le geste a été commis parce que ses amis et lui s'emmerdaient : «We were bored and didn't have anything to do, so we decided to kill somebody».  J'ignore s'il s'agit de franchise ou d'effronterie, mais rendu à ce point-là, je crois que j'aurais choisi n'importe quelle autre excuse.  Mais avant ça, j'aurais surtout trouvé quelque chose de mieux pour faire passer l'ennui, viarge.


La lecture : J'ai débuté la lecture des retranscriptions de discussions entre Marguerite Duras (cette femme!) et François Mitterand, relatées dans Le bureau de poste de la rue Dupin et autres entretiens.  Les deux discutent de l'Occupation, de leur implication dans la Résistance et de l'arrestation de Robert Anselme, alors marié à Duras.  Ils s'entretiennent également de politique française, domaine qui m'est tout à fait inconnu, alors je m'instruis comme je le peux.


La citation :
"Nothing is so painful to the human mind as a great and sudden change."
- Mary Shelley, Frankenstein



dimanche 22 mars 2015






Palmarès 14


L'artiste : Daniel Mullen, un artiste écossais maintenant installé à Amsterdam.  J'aime les couleurs, les polygones et les lignes dans ses tableaux.  Ça donne un résultat assez architectural.  L'occupation de l'espace semble être un thème récurrent dans son oeuvre.  Certaines toiles sont plus dynamiques alors que d'autres comportent des éléments qui semblent davantage figés dans les airs, comme en suspens.

Rendering the fundamentals, 2013 © Daniel Mullen


Constructing the Horizon, 2015 © Daniel Mullen


Le beau : Un soir, alors que je marchais sur St-Joseph, j'ai croisé un couple qui s'embrassait.  Leur baiser était doux et long.  Leurs yeux était fermés.  Leur embrassade n'avait rien de vulgaire ou d'empressé, comme si ce n'était qu'une étape négligeable menant à autre chose au plus vite.  C'était plutôt comme s'ils n'avaient plus que ça à faire, s'embrasser.  Comme si leur restant d'éternité était voué à ce baiser.  Leurs lèvres se caressaient, dansaient même.  Ensemble.  C'était d'une tendre beauté.  Leurs longs corps étaient serrés l'un contre l'autre, il n'y avait que les couches de manteaux et de vêtements pour les distancer.  Ils ne s'agrippaient pas, la silhouette de la jeune femme était enveloppée dans celle de l'homme.  Le visage et les membres de celle-ci connaissaient bien ceux de son compagnon.  Leur étreinte semblait si délicate.  Je les ai enviés.  Les voir m'a rappelé mes baisers les plus merveilleux.


Le documentaire : Conversation with James Barnes (2012), un épisode de la série On Death Row (2012-2013) de Werner Herzog.   L'assassin condamné à mort James Barnes est un être fascinant et intelligent.  En introduction, M. Herzog exprime sa sympathie pour le sort de M. Barnes, c'est-à-dire son exécution prochaine, puisqu'il est contre la peine capitale, mais il précise qu'il n'est pas obligé de l'apprécier, ce à quoi répond M. Barnes, avec toute la conscience  et l'humilité possibles, que c'est exact.  Tout au long de l'entretien, Herzog traite avec respect et humanité Barnes, malgré la monstruostié de ses actes.  Ce dernier parle de ses crimes sur un ton clair, sans hésitation, comme s'il parlait de son travail et des tâches qui lui sont reliées.  Remarquez, il n'est pas indifférent ou sans remords, il ne s'est pas pardonné, il semble simplement assumer ses gestes.  Il évoque tout de même la honte, mais semble avoir longuement médité sur ses actions.  En conclusion, il souligne le fait qu'il ne croit pas que son exécution provoque des changements dans le monde, bref que ça ne changera rien.  Toute cette série de documentaires apporte d'ailleurs la question du début du pour ou contre la peine capitale.  Même si ma position est déjà claire à ce propos (je suis contre), tout cela porte à réflexion sur le bien et le mal, le système carcéral, la nature de ces gens qui commettent des atrocités, leurs droits et les raisons qui les ont poussés à agir de cette façon.

James Barnes


La vedette féline du moment : Albert!  C'est un Selkirk Rex, une race pour laquelle j'ai eu le coup de foudre en feuilletant une encyclopédie sur les chats.  On dirait un petit mouton!

Sur Instagram : pompous.albert, @alberttailsfromtheoffice


La citation (à quelques mots près) :

"Don't get interested in regretting things."
- Spencer Ludlow, personnage du film The disappearance of Eleanor Rigby (2014), de Ned Benson



mardi 17 mars 2015





Dimanche soir, j'ai coincé le tiroir sous le four en voulant le refermer.  J'ai gossé dessus quelques minutes, déplacé des casseroles, l'ai sorti de ses rails puis rentré, rien à faire.  J'ai abandonné.  Il est encore à demi ouvert.  Je m'en fous.  Ma mère, elle, n'aurait pas laissé tomber.  Elle aurait vargé dessus, aurait demandé de l'aide à son mari, à sa belle-fille, à son fils, au chien, à son petit-fils d'à peine 10 mois (en dernier recours), mais elle ne se serait pas avouée vaincue.  J'ignore d'où me vient cette nonchalance.  J'espère quand même avoir récupéré une de ses milliers de qualités.

Bonne fête, Mom.  26 ans, ça se fête!  ;)









dimanche 15 mars 2015





Je m'endormirais un tronçon.  Y'a un noeud en moi, un noeud en dedans, coincé à la gorge, ou derrière les poumons.  J'ai la mémoire qui se questionne.  Je pleure de tout, je pleure pour tout, je pleure devant tout.  Je braille.  Si c'est laid, si c'est beau.  Je ris mes côtes aussi.  Le reste s'étire.  Contingent, les continents.